|
|
Au jour, les hôtes du presbytère s’occupèrent à déblayer les avenues et se mirent aux aguets des événements de la nuit. Ils allèrent ensuite requérir du secours pour chercher les membres de la famille Diernaz qu’il fallait trouver vifs ou morts. Déjà nous avons dit ce qu’il en était. Voilà bien les opérations de l’avalanche vers son aile de la rive droite. Ce ne fut malheureusement pas tout. La partie des neiges qui n’avait pu gagner la colline des Teppes, revenant par ricochet et débordant depuis les moulins et le pont, vint s’abattre sur le fond du village de la Chapelle, abattit un pan de la muraille de la maison Arnaud Jean François, père de ce Benoît Arnaud précité. Ce père de famille Arnaud Jean François, qui était allé prendre son repos dans son lit, périt en partie écrasé par le mur renversé et étouffé sous les neiges accumulées sur les ruines. Fut préservé le reste de la famille qui, étant allé veiller dans les étables, n’en avait pas osé sortir. Dans ce même moment, la neige en furie alla s’abattre sur quelques granges, sises plus loin au bas du fond du village, les écrasa ou les renversa ainsi que les arbres environnants. Le 14, jour des cendres, eut à éclairer un si grand désastre, tant de ruines et sept victimes. Une église pas seulement renversée ou abattue, mais littéralement emportée avec cloches et clocher, sacristie, ornements, vases sacrés, et, chose plus navrante encore, les Saintes Espèdes Eucharistiques. Tout était enfoui dans le gouffre, à grande distance sous l’amoncellement des neiges gonflées sur l’Eau Rousse et refoulées vers la rive ou colline opposée, bien plus haut que vis-à-vis des édifices détruits. Toute la nuit avait été si orageuse que personne n’avait osé sortir. Le hameau de Celliers, au matin, ne savait rien des événements jusqu'à l’arrivée de André Guméry venant requérir des secours pour la recherche de la famille Diernaz. Benoît Arnaud, venant aussi réclamer des secours des habitants du hameau de la Chapelle, arriva comme on venait d’arracher son père des décombres du mur renversé. Seuls les habitants de ce hameau s’étant aperçus de quelque chose d’effrayant tremblaient pour leur église. A l’aide du jour venu, n’apercevant plus son clocher et la croix qu’ils avaient coutume de regarder, virent douloureusement leurs craintes passer en réalité. A mesure que le jour avançait, l’atmosphère et la température se calmaient. Les hommes d’action, alors, purent chercher les victimes, les sortir des décombres et des neiges. Les cadavres Diernaz furent déposés dans une des parties non abîmée du presbytère. Quelle journée d’effroi, d’angoisses, de cris et de larmes que ce Mercredi des cendres ! On eu dit Ninive détruite ! Pour les personnes de Celliers, quel deuil autrement lugubre que celui des autres années où, dans leur antique église, ils allaient recevoir de leur prêtre, sur le front, la cendre commémorative de l’origine et de la fin commune de tous les hommes. Ah ! Ce n’était pas la cendre qui humilie, mais l’orage qui consterne et détruit ! C’était la main de Dieu-Tout-Puissant qui avait, selon que l’on pense et dit quelques bons vieillards de ces temps de foi, vengé la sottise d’un jeune, échappé récemment de Paris et qui, à peine arrivé, était allé avec le bonnet rouge, débiter devant la chaire de l’église évangélique, quelques sornettes révolutionnaires. Et l’on ajoute qu’il ne fit pas bonne fin. Quelle ne fut pas la consternation ensuite, avec le repris de la température, qui passa successivement dans les trois autres hameaux ! Après avoir repris calme et sens, l’on travailla avec courage à frayer les chemins, l’on s’occupa le 14 et le 15, à préparer une tombe aux sept victimes dans le cimetière devenu méconnaissable et privé de cette ombre tutélaire. L’on en creusa une ordinaire pour le père Arnaud, l’autre, grande, pour les six Diernaz. Ceux-ci, unis dans leur foyer, unis à la mort, furent unis aussi au tombeau d’où, unis, ils ressusciteront à la fin des temps ! Pendant le reste de l’hiver, les offices paroissiaux se faisaient dans la chapelle de Saint-Joseph où, plus tard, l’église actuelle fut construite (entre 1835 et 1840). Dans le Printemps, à la fonte des neiges, l’on allait souvent, pour ne pas dire tous les jours, voir fouiller vers ces neiges pour découvrir les meubles de l’église et de la sacristie. L’on retrouva à peu près tout. Ce fut déjà bien tard lorsqu’on eu le bonheur de trouver la pixyde, non ouverte, avec les Saintes Espèces intactes et quelques jours après, l’ostensoir fermé où figurait la Sainte Hostie, mais humectée et affaissée, presque réduite. Les enfants surtout, et les jeunes gens, avaient leurs occupations au jour des Dimanches d’aller explorer les globules et les crevasses pour y trouver qui un habit de confrère, qui un voile, qui des heures, qui des chandeliers, qui une chaise, qui une chose, qui une autre. Les travaux ne manquaient pas plus que les chercheurs. Ces opérations durèrent jusqu’en Septembre où le pont de neige se rompit enfin. Telle fut la catastrophe de la nuit du 13 au 14 Février 1793. (1) Michel Guméry, né à Celliers en Tarentaise le 19 Août 1751. Avocat au Sénat de Savoie. Député de la Tarentaise à la Convention Nationale du 20 Septembre 1792 au 9 Novembre 1799. Il a été le Secrétaire et le Représentant délégué par l’Assemblée des Allobroges pour porter à la Convention les vœux des populations Savoisiennes. (Légende figurant au bas du portrait du Conventionnel Guméry conservé à la Mairie de Celliers).
|
|
|